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 L’origine de l’ACSM racontée

Origines du mouvement communautaire en santé mentale au Canada

Tout a commencé à l’heure du thé, dans la salle de réception de madame Dunlap.

Mais rappelons d’abord le contexte : nous sommes en 1917, la guerre bat son plein et l’impatience du docteur Clarence Hincks est à son comble. Depuis de nombreuses années déjà, il travaille dur dans une clinique psychiatrique de Toronto. Pendant ce temps, les asiles sont complètement inadéquats; personne ne lève le petit doigt pour aider les soldats revenus traumatisés de la guerre. Rien n’est fait non plus pour prévenir les problèmes de santé mentale. Pour Hincks, les choses doivent changer, , c’est évident. Mais comment faire?

Hincks part donc à la recherche d’inspiration, qu’il trouve chez Clifford Beers, un Américain à l’origine du National Committee on Mental Hygiene aux États Unis, également auteur du livre A Mind that Found Itself, qui relate son propre cheminement en matière de maladie mentale. Ensemble, Beers et Hincks conçoivent un plan pour transposer l’approche de l’hygiène mentale au Canada.

Première étape : s’entourer de gens influents. Hincks doit persuader des Canadiens influents d’embrasser sa cause. Il convainc d’abord le gouverneur général (le duc de Devonshire) qui, en toute bonne foi, accepte d’agir comme parrain du mouvement. S’y joignent aussi les présidents du Canadien Pacifique, de la Banque de Montréal, de Molson ainsi que d'éminents médecins de l’Université de Toronto et de l’Université McGill. En définitive, Hincks réussit à composer un important groupe de parrains et d’administrateurs.

Revenons maintenant à ce fameux thé chez Mme Dunlap. Nous sommes alors le 26 février 1918.

L’ambiance de la salle? Selon les dires, plutôt festive! Un des invités a d’ailleurs rapporté ce qui suit au Globe and Mail : « Je n’avais jamais vu de gens aussi heureux qu’on leur sollicite de l’argent! ». Mme Dunlap y a invité tous ses amis riches et influents afin qu’ils rencontrent Clifford Beers, lui même un personnage captivant et porteur d’un message éloquent : il est impératif de prévenir et de soigner adéquatement ce qu’on appelle à l’époque la « maladie et la déficience mentales ». En tout et pour tout, 20 000 $ sont amassés au cours de cette réception.

Et c’est sur la base des engagements obtenus et de l’impressionnante brochette de membres recrutés que naît le Comité national canadien de l’hygiène mentale (CNCHM). Le 26 avril 1918, le Comité se réunit pour la première fois à Ottawa. Encore une fois, le Globe and Mail assiste à cette rencontre historique.

De nos jours, nous portons un regard critique sur les origines et l’histoire du mouvement de l’hygiène mentale au pays. Le Comité d’origine et son programme de réforme sociale étaient des produits de leur temps, reflétant une époque où l’on parlait de « déficience mentale » et où l’eugénisme était considéré comme l’apogée de la science.

Mais, dans une certaine mesure, l’organisme qui deviendra plus tard l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) était aussi à l’avant-garde.

En effet, Hincks décrivait déjà en 1918 l’ampleur du problème et clamait qu’en dépit du fait que les enjeux de santé mentale touchaient pratiquement tous les foyers du Canada, les services et les établissements demeuraient nettement insuffisants. Il avait noté que les soldats n’avaient droit à aucun traitement, que les patients étaient injustement emprisonnés et que le public était à la fois apathique et terrorisé devant les handicaps mentaux.

Il demeure surtout l’un des premiers à avoir nommé l’injustice et l’inaction en matière de santé mentale. Et il nous a ouvert la voie : une voie qui connaîtra des hauts et des bas, des épisodes dont nous pouvons être fiers et d’autres dont nous devons tirer des leçons. Ensemble, tous ces moments tracent la courbe de ce qu’a été le mouvement communautaire en santé mentale au Canada, et ce, jusqu’à l’ACSM que nous connaissons aujourd’hui, cent ans plus tard.